Les QUATREVIEUX

Voyages en 4x4 et Astronomie

Bilan de nos voyages sur la pollution lumineuse :

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Astronomes amateurs et voyageurs, nous avons planifié dès 2002 un voyage en famille à travers les Amériques en autonomie totale de juillet 2006 à août 2007 avec notre Land Rover. C’était décidé : nous emporterions notre télescope et nous voulions savoir de quelle manière les autres pays prenaient en compte la pollution lumineuse.

Suite à de nombreux voyages dans des zones reculées, loin des grandes cités, nous retrouvions, le soir, lors de nos bivouacs, des ciels purs sans la moindre pollution lumineuse. Rapidement, nous est venue l’envie d’emporter le C8 lors de nos déplacements à l’étranger pour profiter de la chance de traverser des pays au ciel préservé. C’était pour nous l’occasion d’échanger un repas chez l’habitant contre une découverte du ciel nocturne.

Equipés de notre observatoire mobile, nous décidons ainsi de partir à la rencontre de clubs d’astronomie des pays traversés. C’est ainsi que lors d’un voyage au Maroc en 2003, nous prenons contact avec Zouhair Benkhaldoum, astronome chercheur à l’université de Marrakech (Association d'Astronomie Amateur de Marrakech 3AM). Surpris tout d’abord par notre démarche de voyageurs astronomes, il nous demande ensuite de l’accompagner à l’observatoire de l’Oukaïmeden (Observatoire de l'Oukaïmedem), à 2700 m d’altitude, qui abrite l'une des stations du réseau IRIS (International Reasearch of the Interior of the Sun) spécialisée dans la sismologie solaire (l'héliosismologie). En fait, l'Oukaïmeden qui culmine à 3200 m d'altitude fait partie de la chaîne montagneuse du Haut-Atlas et constitue un lieu d’observation privilégié. Depuis un certain nombre d'années, le site est sujet à des campagnes de qualification en vue de l'installation d'un observatoire astronomique de l’ESO. Mais ce site abrite aussi l’une des deux stations de ski du Maroc et les éclairages publics commencent à fleurir, sans oublier la vallée qui petit à petit s’illumine.

Conscients de l’impact de la pollution lumineuse sur les observations astronomiques mais aussi sur l’environnement, nous tentons à chaque soirée astronomique de sensibiliser la population. Que ce soit au Maroc, en Tunisie ou en Turquie, le manque d’électrification des petits villages ne permet pas d’éclairer les rues, ainsi, seul un groupe électrogène alimente  quelques ampoules de faible puissance à l’intérieur des maisons. Mais dès qu’une petite ville reçoit l’électricité, rapidement l’éclairage publique se développe pour permettre aux habitants de se retrouver aux heures fraîches des soirs d’été (à ces basses latitudes, le Soleil se couche rapidement et très tôt). Nous avons pu vérifier ce phénomène à Ouarzazate où il était possible en 1995 d’effectuer des observations du ciel à proximité du centre ville, ce qui est impossible aujourd’hui en raison de son fort développement.

En 2004, nous décidons de partir en Scandinavie pour cette fois-ci tester notre propre résistance aux éléments en prévision de notre périple à travers le continent américain. Il faut dire que n’ayant pas de place dans le Land Rover, nous vivons à l’extérieur pour manger et se laver. Certains pays comme la Lituanie ou la Lettonie accusent un  développement économique très faible. L’électrification n’étant pas présente dans les campagnes, les nuits ont gardé leur obscurité intacte. Mais d’autre pays, pourtant signataires de la charte sur la préservation du ciel nocturne comme la République Tchèque, conserve les stigmates du bloc communiste. 







D’énormes cathédrales lumineuses continuent d’éclairer les zones d’activités la nuit. En changeant de frontière, nous devinons rapidement le niveau de vie de ses habitants tant un éclairage public ostentatoire est signe de réussite.








Arrivés dans les pays nordiques nous savions que le télescope ne nous serait pas d’une grande utilité, le spectacle du  soleil de minuit nous laissera tout de même un souvenir impérissable. Nous serons surpris par la débauche d’éclairages publics utilisés pour les longues nuits d’hiver. Les bosquets sont éclairés par le bas,


 

les rond-points sont illuminés par d’étranges luminaires, composés de plusieurs projecteurs dirigés vers le haut avec deux réflecteurs à leur sommet pour renvoyer une partie de la lumière sur la chaussée.

 


Mais le plus surprenant restent les panneaux STOP munis d’un éclairage, un comble pour des pays qui imposent l’allumage des feux des voitures à toute heure.



 


L’éclairage artificiel fait partie de la fête dans les pays scandinaves, comme en témoigne cette publicité pour une animation son et lumière parant de faisceaux laser les draperies d’une aurore boréale.


Dernière étape avant le grand saut au-dessus de l’Atlantique : l’Iran. Un challenge tant humain que scientifique. Rendez-vous est pris en Iran avec plusieurs astronomes amateurs ou professionnels. Après des démarches longues pour obtenir les visas en raison de l’élection du nouveau président, nous sommes fin prêts à arpenter le territoire iranien. En fait, en une demie-heure nous passons la frontière et rien n’est fouillé même pas notre télescope. Nous découvrons un peuple chaleureux loin des clichés véhiculés par les médias européens. Près d’Isfahan, à Shahreza, nous rencontrons notre contact Reza Dabaggh enchanté de nous accueillir. Nous passerons trois jours en la compagnie du club d’astronomie et à l’université où il enseigne. Nous réalisons une petite conférence sur le thème de la pollution lumineuse sous les yeux étonnés des étudiants peu au courant de ce phénomène.


 


On nous convie aussi à une soirée gastro-astronomique dans le parc de la ville. Un repas français est donné en notre honneur. Puis vient la soirée d’observation au milieu du parc, mais malheureusement, les iraniens ne pensent pas à éteindre l’éclairage pour observer le ciel nocturne  : c’est vrai que sous les lumières c’est plus pratique pour voir l’oculaire !!! Il y a donc un énorme travail à réaliser en direction de ce pays.


L’année suivante 2005-2006 est dévolue à la recherche de partenaires pour notre projet de voyage d’un an sur le continent américain à la poursuite des plus grands télescopes et ayant pour thème la pollution lumineuse. Malheureusement, nous ne trouvons que des partenaires dans le domaine du 4x4 mais aucune entreprise ou organisme d’état ne veut nous aider à financer l’achat de matériel ou tout simplement une aide financière nécessaire à des séjours prolongés en ville pour rencontrer des astronomes au sujet de la pollution lumineuse. Nous partons donc avec nos fonds propres sachant que le projet se réduirait à sa plus simple expression.

Nous ne renonçons pas et le 10 juillet, nous nous envolons vers le Canada pour rejoindre notre véhicule arrivé par bateau. Rapidement, nous constatons l’impact de la pollution lumineuse sur l’environnement en traversant les immensités des territoires du grand Nord. Dès que nous quittons les grands centres urbains, nos nuits, lors des bivouacs, sont illuminées par des milliers de lucioles qui ont disparu près des villes.

Aux Etats-Unis, l’immensité du territoire fait que le pays est quasiment désertique entre chaque ville, espacée en moyenne de 100 km et permet de préserver de grandes zones d’ombre. Dans la vallée de la Mort, nous avons pu sortir notre télescope en surplomb du lac asséché pour une soirée loin de toute pollution lumineuse.





Arrivés à Palm Springs, nous constatons que des lampadaires éclairent les palmiers par le bas : quelle incongruité quand on sait que l’observatoire du Mont Palomar est à moins de 100 km de cette ville.

 


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Même les petites villes situées à 30 km de l’observatoire éclairent le plus petit arbre .



Au Costa Rica, nous allons être à notre grand étonnement les responsables d’une pollution lumineuse pouvant avoir des conséquences dramatiques. Le soir venu, au bord de l’océan Pacifique lors d’un bivouac sur une plage déserte, nous sommes soudainement entourés par des dizaines de bébés tortues marines plus attirées par notre unique lampe que par l’océan pourtant si proche. Nous éteignons la source responsable de cet égarement et nous passerons la soirée à récupérer toutes les tortues pour les rejeter à l’eau et les sauver d’une mort certaine . Nous démontrons ainsi qu’un seul éclairage en bordure de mer peut être responsable de la disparition d’une espèce.

Nous faisons un saut en Colombie. Ce pays à la mauvaise réputation nous fait un cadeau de taille : un observatoire au beau milieu d’un désert  (www.tatacoa-astronomia.com). Pour nous y rendre, nous devons faire un aller retour de plusieurs centaines de kilomètres car la piste que nous aurions pu emprunter pour éviter ce détour n’est pas sécurisée, étant aux mains des FARCS.

 


Le responsable du site est ravi de notre visite et devient un guide très instructif. En réalité, lui et d’autres chercheurs forment des étudiants colombiens pour qu’ils deviennent astronomes. Javier Fernando Restrepo  ne nous cache pas son inquiétude quant à la pollution lumineuse qui le touche de plein fouet allant en augmentant. En fait, le village tout proche a décidé d’éclairer son église et la ville du chef-lieu Neiva se développe projetant sans modération son éclairage nocturne dans toutes les directions sans se préoccuper de l’observatoire. Nous lui donnons quelques arguments à opposer aux dirigeants en faveur de la réduction de cette pollution lumineuse et il promet de contacter l’ANPCN en France pour l’aider dans ces démarches. En fait, il nous révèle que la tendance gouvernementale serait à l’implantation des nouveaux observatoires dans les grandes villes comme Bogota : quelle aberration ! Nous lui souhaitons bonne chance, satisfaits d’avoir pu aider modestement cet observatoire isolé du monde.


Direction ensuite :  le Chili où Stéphane Guisard , ingénieur opticien travaillant à l’année au VLT, nous attend. En fait, Fabrice a été responsable en France de la construction du système de supportage du miroir primaire du VLT.

 

Stéphane nous explique que l’ESO travaillait avec le gouvernement chilien pour réduire la pollution lumineuse inhérente à toute civilisation qui évolue mais contradictoire avec la politique d’installation de nombreux télescopes sur le sol chilien (interview 1). Une mine à quelques kilomètres du site a été aidée par l’ESO pour disposer d’éclairages non polluants. Fabrice filme toute la visite pour monter un reportage.





Dernier rendez-vous astronomique : San Pedro de Atacama où réside Alain Maury , astronome chercheur, qui a installé plusieurs télescopes au pied des volcans de plus de 6000 m d’altitude dans le désert d’Atacama. Il partage sa passion des étoiles avec les touristes venus admirer le ciel nocturne de l’hémisphère sud.  Loin de toute pollution lumineuse, il s’inquiète car les indiens du hameau d’à côté réclament eux aussi des lampadaires qui de toute façon ne leur serviraient à rien (interview 2).


Le voyage se termine ainsi en Argentine avec la rencontre de l’équipe de M6 venue nous filmer dans la vallée de Cachi. Malgré nos demandes répétées, la journaliste ne veut pas nous filmer en pleine soirée astronomique et parler de la pollution lumineuse : un regret donc, de ne pouvoir faire connaître cette nouvelle pollution et attirer ainsi  l’attention du plus grand nombre sur ces méfaits !

En bilan, nous sommes ravis malgré le peu de moyens dont nous disposions au départ d’avoir pu tout de même rencontrer des astronomes et visiter des sites durant nos 13 mois de voyage et nos 70 000 km. Mais il en ressort que la plupart des personnes rencontrées ne se sentent pas concernées par l’impact de la pollution lumineuse sur l’environnement et que l’éclairage nocturne reste un signe ostentatoire de modernisme et de richesse. Il nous semble que pour réduire la pollution lumineuse au niveau mondial il faut impliquer les gouvernements et éduquer les populations. Mais à notre retour, nous apprenons que notre commune va faire des efforts en remplaçant les lampadaires « boule » par des luminaires mieux étudiés et en coupant la lumière de 23 à 5 heures. Nous aimons penser que notre voyage a pu sensibiliser notre village …

Interview 1 :  Stéphane Guisard

FQ : Quelle est la position du Chili au niveau de la pollution lumineuse ?

SG : Les observatoires aussi bien l’ESO que les observatoires américains ont fait prendre conscience au gouvernement chilien de l’importance de son ciel. C’est un atout pour le Chili de voir ces grands projets arriver et venir s’installer au Chili. La protection du ciel nocturne est donc inscrite dans les lois, mais on ne peut pas imposer de modifier ce qui existe. Par exemple, il y a une mine vers le sud du VLT, l’ESO est directement intervenu et leur a fourni les éclairages avec des réflecteurs qui éclairent vers le bas pour limiter la pollution lumineuse. Modifier l’ensemble des éclairages a un impact économique sur la gestion de la mine, pourquoi changeraient-ils leurs lampes ? C’est à l’ESO d’intervenir directement.

 

Interview 2 : Alain Maury

FQ : Avez vous des problèmes avec la pollution lumineuse au milieu du désert d’Atacama ?

AM : Cela fait 4 ans que je suis là, on voit que la pollution lumineuse a augmenté. Il y avait une époque, jusqu’en septembre 2003, où ils fermaient toutes les lampes, quand vous vous promeniez dans San Pedro, vous pouviez voir la voie lactée, c’était vraiment génial, mais pour faire moderne ils ont mis les lampes. Dans l’oasis juste à côté de notre site d’observation, il  eut lieu une réunion où ils ont demandé si les gens voulaient que la commune installe des lampadaires. Les habitants n’ont pas de voiture, il n’y a pas de vol car ils se connaissent tous, ils ne sortent pas la nuit, donc il n’y a aucune nécessité d’installer un éclairage public. Puis, une dame a dit « Moi, je veux un lampadaire devant chez moi. » et une autre personne « Si elle a droit à un lampadaire et bien moi aussi j’en veux un » et ainsi de suite …

Dans un autre petit village il n’y a que 13 maisons et la plupart du temps il n’y a que 2 ou 3 personnes qui y dorment et il y a 5 lampadaires. Mais cela fait moderne.

Pour de plus amples informations, vous pouvez consulter le site de l'Assossiation National pour la Protection de Ciel Nocturne : l'ANPCN :